23.11.2008

L'entropie irréversible?

La tungose n’est plus qu’un désagréable souvenir, la cicatrisation est terminée.

 

Plus que le Cambodge ou la Birmanie ce voyage nous a laissé d'autres traces.

 

Lorsque nous entendons à Paris les discours prônant l’écologie et le respect de la nature nous ne pouvons nous empêcher de revoir les abattages d’arbres nécessaires à la fabrication du charbon de bois, seule ressource négociable par des gens en survie.

Comment parler écologie à des gens qui survivent au quotidien ? L’écologie un concept de pays riche ?

 

Madagascar fait partie des pays les plus pauvres alors qu’il y a 40 ans l’ile était considérée comme la perle de l’océan indien, comment en est-elle arrivée là ?

 

Les politologues affirment que la corruption empêche les pays de se développer.

Plutôt que d’affirmer cela il serait bon de se poser la question pourquoi et comment la corruption se met t’elle en place.

 

A Madagascar, la corruption est partout, il suffit de poser la question et les réponses sont toutes convergentes.

Les contrôles de gendarmerie à chaque entrée de village rackettent les taxis en surcharge, c’est pour cette raison que la gendarmerie travaille même le dimanche nous dit-on.

Le contrôle technique est obligatoire tous les ans, pourtant des épaves circulent, réponse un billet de 5.000 Ariary glissé dans la carte grise et votre contrôle est validé. Etc etc.

 

De mon point de vue la corruption s’installe quand toute personne qui possède un soupçon de pouvoir administratif perçoit un salaire qui ne lui permet pas de vivre convenablement.

Arrondir ses fins de mois en recevant des « cadeaux » pour fermer les yeux sur des pratiques qui rapportent à leurs auteurs est alors considéré comme un partage de bénéfices. Cette pratique est exacerbée quand les dirigeants donnent l’exemple, ce qui est le cas à Madagascar.

 

Quel avenir pour cette population ? Cette question me hante, comment feront-ils quand toutes les ressources naturelles à portée de main seront épuisées ?

 

J’essaye de l’imaginer à la lumière des théories de Walter Buckley sur l’évolution des systèmes.

 

L’Ile est en déviance négative au sens Walter Buckley, que j’exprime par un degré d’entropie très avancé. Dit plus simplement "le birdel s'installe irrésistiblement".

Pour inverser cette spirale négative il faut détecter et mesurer les forces endogènes qui mobilisées permettraient d’inverser la tendance, par exemple l’élection démocratique d’un nouveau président promettant et appliquant la rupture. Autrement dit "le peuple aspire majoritairement au changement"

 

Dans la situation politique actuelle, une quasi dictature qui écrase toute tentative d’opposition cette évolution est inconcevable.

 

Au delà d’un certain degré d’entropie, (quand le birdel ambiant devient général, quand l'administration est totalement corrompue), l’expérience démontre que la situation est irréversible, le corps social concerné est en déliquescence, le chacun pour soi devient la règle, le communautarisme resurgit, l’appartenance ethnique prime sur celle d’appartenance à la nation.

 

La réversibilité n’étant plus démocratiquement possible, elle ne peut venir que par des situations révolutionnaires, le chomage, la faim, la soif, la survie en étant souvent les moteurs.

 

Les malgaches ont connu cette situation en 2002, ils ont soufferts pendant les six mois de la période révolutionnaire. Ils sont sortis de 30 années de dégradation de leur pays plein d’espoirs en l’avenir.

 

A en croire les différents propos difficilement recueillis, la déception est générale, le président s’occuperait plus de diriger le pays au travers de toutes les grandes sociétés qui lui appartiennent que du bien vivre de la population.

 

Alors le niveau d'irréversibilité est-il à nouveau atteint ? L’avenir nous le dira, quand?.